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17/05/2013

Le nouveau Dan Brown traduit dans un bunker

Dominique Defret a traduit en français le nouveau roman de Dan Brown, avec Carole Delporte. Il raconte son voyage au bout de l'Inferno *

« Fin janvier, on me dit que je pars pour Londres pour traduire «Inferno» de Dan Brown. Je m’équipe aussitôt d’adaptateurs électriques pour mon ordinateur et je demande des conseils au traducteur français de «Harry Potter», qui, par contrat, a dû traduire le texte de J.K. Rowling «enfermé» à Londres, dans un bureau de la maison d’éditions de «Harry Potter».
Mais, deux semaines avant mon départ, on m’apprend que ma destination sera l’Italie: Milan, le siège de Mondadori, un bâtiment d’Oscar Niemeyer, situé au milieu de nulle part. L’avant-veille de mon départ, on me fait signer un contrat de confidentialité. A Milan, notre lieu de travail est un bunker, une salle souterraine de 200 mètres carrés, où j’ai travaillé tous les jours, dimanche compris, du 15 février au 5 avril, pour traduire le roman. Nos horaires: de 9h à 21 heures.
Inferno.jpgDans ce bunker, il y a six équipes de traducteurs: la France, l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne, la Catalogne et le Brésil. Chaque nation dispose d’un îlot de trois tables, avec le drapeau du pays. A la table française, je suis d’abord seul puis ma collègue Carole Delporte et Anne Pidoux, éditrice, me rejoindront. En moyenne, nous sommes entre 10 et 15 traducteurs, dans le bunker.
Le matin, j’arrive en navette vers 10h10. A l’entrée du site de Mondadori, il y a deux vigiles. Il faut montrer son passe. A l’entrée du bunker, il y a deux autres vigiles qui notent dans un cahier toutes nos allées et venues. Le premier jour, il y a aussi deux gardes armés dans le bunker. Avant d’entrer, comme tous les autres traducteurs, je remets aux vigiles mon téléphone portable et mes sacs, qu’ils placent dans un coffre-fort, et que je peux récupérer quand je sors, pour fumer une cigarette, par exemple. Après quoi, un des vigiles me remet le texte anglais de «Inferno».
Je travaille sur mon ordinateur personnel, qui a été «neutralisé», un mot ronflant qui signifie qu’on a posé du scotch ou des caches sur les sorties USB. Par mesure de sécurité, nos ordinateurs personnels ne sont pas reliés à Internet. En revanche, il y a deux autres ordinateurs communs, connectés à Internet. Je demande et j’obtiens qu’il y en ait deux de plus. Je râle aussi pour obtenir deux claviers AZERTY, car les deux autres étaient des claviers QWERTY.
Pas d’internet sur mon ordinateur, cela signifie que je dois me lever tous les trois mots pour aller consulter, à cinq mètres de ma table, l’ordinateur connecté à Internet. Parfois, il faut attendre qu’un ordinateur se libère. Parfois, il est sur la page Google Italie. Il faut taper la page Google France. Et, pour vérifier une citation de dix lignes, vous êtes obligé de la recopier à la main sur un calepin, car on vous interdit de circuler avec le texte de Dan Brown. Interdiction aussi de prendre des photos ou de porter unInferno bis.jpg lecteur MP3. Une fois, les Allemands ont pris une photo, non pas dans le bunker, mais dans l’enceinte extérieure. Aussitôt, un vigile a surgi. Mondadori était un peu sur les dents.
Traduire, c’est un travail intellectuel mais aussi un travail physique. Surtout le premier jet où il faut taper, taper. Je crains de tomber malade et de me casser un doigt. Au début, j’attrape une gastro-entérite puis je me plante une écharde au doigt sur la table de la cantine. Je fais le tour des traductrices à la recherche d’une pince à épiler. Une traductrice de Catalogne me charcute gentiment.
Mon principe: si on veut tenir pendant six semaines, on ne peut pas se faire du mal. Donc, je m’organise. J’ai apporté mon casque audio et j’ai une écoute Spotify hors connexion dans le bunker. Le matin, en traduisant le texte, j’écoute Keith Jarrett et Diana Krall. Je mange des oranges, je bois du Coca. A six heures, c’est l’heure de l’apéritif: je m’octroie un verre de whisky, du Glenfiddich. Je n’avais pas le choix, il n’y avait pas d’autre whisky sur le site. Les vigiles acceptent de me faire des glaçons.
Avant de partir pour ce marathon de traduction, je suis allé consulter mon médecin qui m’a prescrit une cure de vitamines à l’arcalion et du magnésium. Je me méfie du torticolis et du mal de dos. J’ai apporté un clavier Blue Tooth que j’ai acheté exprès pour cette traduction. Mais Mondadori a peur du Blue Tooth, on m’interdit de l’utiliser.
Heureusement pour moi, j’avais aussi emporté mon clavier filaire que j’ai dans les doigts depuis 25 ans. Quand on doit faire un bon rendement de pages, ce n’est pas le moment de se retrouver avec un clavier inconnu où on cherche les flèches, etc. Donc, je me tiens bien droit, derrière mes lunettes de myope, face à l’écran de mon portable. Sur le clavier de mon portable, j’ai les feuilles américaines et je tape sur mon clavier filaire. J’ai rehaussé la table, qui était trop basse, avec des bouquins. Certains traducteurs, hélas, n’auront pas ma prévoyance. Au bout de quelques jours de traduction, le mal au dos fait ses premières victimes. Je vois qu’on se masse entre filles, dans le bunker.
Après quelques semaines, certains sont si crevés qu’ils répugnent à s’alimenter ou presque. Ils se referment peu à peu sur eux-mêmes. A la table française où j’ai hissé le drapeau tricolore, notre principe, c’est: Nous les français, on sait bosser, mais «we know something about pleasure». On n’est pas là pour souffrir. On n’a rien fait de mal, on est enfermé dans un bunker, sous la terre, mais on n’est pas des repris de justice ni des employés de Mondadori.
Notre philosophie fait des petits. Devant mon Glenfiddich qu’ils regardaient d’abord avec de gros yeux,dan-brown-nuovo-libro-inferno[1].jpg les Allemands finissent par acheter de la Grappa. Les Italiens partagent mon whisky. J’établis un coin fumeur dans un couloir avec une table, où je fume mes Marlboro. Il m’arrive aussi de piquer un somme dans le bunker. Je m’allonge sur mon fauteuil, avec les pieds sur la table. C’est ma façon de travailler efficacement. Quand on est fatigué, on n’a plus d’idées et on écrit de la merde.
L’ambiance est sympa. On se fait des petites blagues. Une fois, un Allemand me réveille au milieu de ma sieste. Une autre fois, alors qu’il somnole dans le bunker, je lui pose sur les pieds un chapeau en papier avec ces mots: «La France te surveille». D’autres fois, on me cache mon chapeau, un chapeau Indiana Jones. Ce qui ne nous empêche pas de travailler, de corriger les micro-incohérences du texte de Dan Brown, de procéder aux micro-coupes ou aux micro-ajouts. Je suis très copain avec les Allemands, qui ont tendance à voir des complots partout. Ils pensaient que Mondadori faisait exprès, par exemple, de nous donner à traduire une version non définitive, au début, pour décourager les fuites éventuelles.
Nous disposons d’un réseau inter-équipe sur lequel nous sauvegardons notre travail puisque les clés USB nous sont interdites. A la fin de la journée, les informaticiens de Mondadori qui apparemment ont accès à nos réseaux disaient à certains d’entre nous: «Attention, aujourd’hui, vous avez oublié de sauvegarder votre travail.»
A la toute fin de la traduction, des informaticiens effaceront dans nos ordinateurs tout ce que nous y avons amassé au cours des six semaines. On nous remet notre traduction sur une clé USB codée, dont nous nous ignorons le code, qui sera envoyé aux éditions Lattés, à la directrice financière Murielle Gandy. Par contrat, nous ne devions même pas nous voir remettre une clé USB, mais repartir avec le texte sur un des trois ordinateurs de chaque équipe nationale.
Il était stupide de nous fliquer comme ça. Un traducteur n’a aucun intérêt à scier la branche sur laquelle il est. En plus, ce système de surveillance n’était pas du tout «secure». Un informaticien de Mondadori, s’il l’avait voulu, aurait pu sans problème lâcher quelques pages de Dan Brown pour 20.000 euros.

 * Paru le  14 mai 2013 aux Etats-Unis,  disponible en France le 23 mai aux éditions Jean-Claude Lattès, avec un tirage de 600 000 exemplaires.

Propos recueillis par Fabrice Pliskin

http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20130514.OBS9008...

 

 

 


 

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13/05/2013

Une réédition opportune

de Sède.jpgLes 700 ans de révoltes occitanes de Gérard de Sède ressortent chez un éditeur héraultais. "Un livre culte !", annonce le bandeau. Et c'est bien de cela dont il s'agit. En 1982, l'auteur Gérard de Sède, qui s'est illustré dans la collection "J'ai Lu" en popularisant les légendes sur le trésor des Templiers ou sur celui de Rennes-le-Château, publie chez Plon 700 ans de révoltes occitanes. Il est de bon ton, dans certains milieux occitanistes de l'époque, de dénigrer le travail de cet essayiste à succès. Et pourtant… En décidant de rééditer cet ouvrage aujourd'hui introuvable, Le Papillon Rouge, Éditeur, permet de lui restituer ses lettres de noblesse, si l'on peut dire. Car la description, en un peu plus de 300 pages, de sept siècles d'histoire d'un pays qui n'a jamais existé sur aucune carte, est une prouesse qui dénote chez de Sède, un vrai talent de vulgarisateur. Avec une érudition pointue, l'auteur plonge au cœur de tous les épisodes de l'histoire qui témoignent de la "résistance" occitane" : des Tuchins aux Camisards, des "gueux" de 1907 au plateau du Larzac. Et dans leurs préfaces inédites, José Bové et Yves Rouquette disent leur bonheur de voir réédité ce livre…

 

lien : http://www.lindependant.fr/2013/05/13/grande-et-petites-h...

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10/05/2013

Rennes-le-Château nationalisé ?

La loi est passée en catimini le 22 février 2012. Elle concerne l'exploitation numérique des livres indisponibles, qui ne sont pas dans le domaine public. En d'autres termes, depuis un an désormais, l'Etat peut numériser un titre sans avoir à en référer ni aux auteurs ni aux éditeurs concernés. Il faut que les uns ou les autres fassent une démarche formatée pour s'y opposer dans un certain délai. Déjà, les services de la BNF ont établis une première liste de 60 000 "indisponibles" numérisables. Une liste encore plus ambitieuse est à venir. Et ainsi chaque année quelques dizaines de milliers de références viendront grossir le bataillon des réquisitionnés. En tout, cela devrait concerner 500 000 titres.
En retour, l'exploitation de ces 500 000 ouvrages sera confiée à un organisme qui sera chargé de rétribuer auteurs et éditeurs, avec la promesse que le gâteau sera partagé en parts égales.
Fini donc les pudeurs de jeunes filles de certains auteurs répudiant leurs oeuvres de jeunesse. Caduque l'idée de réécrire un livre vingt ans après sa sortie. L'édition princeps venant faire concurrence à la version remaniée.
D'un autre côté, ne pas figurer parmi les titres rescapés de l'oubli va bientôt paraître comme une tare. Un peu comme les reçus du Baccalauréat, être inscrit dans la base informatique vaudra galon doré.
En écrivant RENNES-LE-CHÂTEAU ou RENNES-LES-BAINS dans le moteur de recherche du site : http://relire.bnf.fr/recherche?search=rennes+le+chateau , j'ai été amusé d'y trouver deux livres de Jean Robin, La colline envoûtée et Opération Orth; également, Chronique sur Rennes-le-Château de Germain Blanc-Delmas ; les Mérovingiens à Rennes-le-Château de Richard Bordes; enfin, L'or de Jérusalem de Roger Facon, qui ne confine pourtant pas au chef d'oeuvre.
Y figure également : L'énigme du curé aux milliards de Jean-Pierre Juge et Le cheval de Dieu de Gérard Bavoux, mais ces deux auteurs ont entamé une démarche d'opposition comme le principe le leur permet.
En ce qui me concerne, le livre de René Descadeillas: Rennes et ses derniers seigneurs figure également dans la liste des futurs numérisables.
Au hasard, j'y ai trouvé un titre de Serge Hutin, Jean Blum, Jean-Pierre Deloux, Robert Charroux, de même, Eugène Canseliet, un dernier, enfin, de Paul de Saint-Hilaire; plusieurs titres de Jacques Bergier, de Robert Ambelain, de Jacques Sadoul, de Daniel Réju et de Fernand Niel. Ainsi que l'excellent ouvrage de Jean de Kerdéland : La Nouvelle course aux trésors.
Rien pour Jarnac, Chaumeil, Mensior, Lincoln, Douzet et Gérard de Sède.
Peut-être lors de la prochaine charrette ?