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12/02/2013

Archives providentielles

La recherche historique n'est en aucun cas une discipline statique. L'apport de documents nouveaux change souvent la donne, au moins cela permet un regard différent sur les évènements du passé. Que dire encore lorsque la découverte de ces mêmes documents est fortuite et s'apparente à une sorte de chasse au trésor. C'est ce qui advint en février 1961, alors que M. Caillet, conservateur en Chef de la Bibliothèque Municipale de Toulouse, examinait un lot de vieux papiers mis en vente par M. Ousset, bouquiniste de la rue du Taur, à l'enseigne de "la Bible d'Or". Parmi quelques grosses notariales, des quittances et des factures, il exhuma, non sans une réelle émotion, une liasse reliée par un cordon. Dès la première page, il se rendit compte de l'importance de sa découverte : c'était un répertoire des titres fonciers des principaux propriétaires de Rennes-le-Château, mis en ordre en 1735.

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Bien sûr, M. Caillet mit une option sur cette pièce de collection et alerta son collègue des Archives départementales de l'Aude, l'invitant à s'en rendre acquéreur. Depuis lors, ce document est consultable aux dites Archives de l'Aude, sous la cote 3 J 351. René Descadeillas en fit grand cas dans son ouvrage, Rennes et ses derniers seigneurs, paru en 1964 (rééd. 2007).
Rappelons pour l'anecdote que c'est aussi à "La Bible d'Or", que Gérard de Sède admit s'être fait "souffler'" un Boudet devant lui par un autre acheteur.

06/02/2013

Dans les caves de la forteresse...

Majoritairement, dans l'esprit des chercheurs, la notion de trésor caché est quelque chose de communément acceptée. Reste à savoir de quoi l'on parle. Pour certains, il s'agit du trésor des Volkes Tectosages (Vieil Toulouse), à moins qu'il s'agisse de celui des Wisigoths, des Templiers ou des Cathares. On se souvient que Noël Corbu, dans les années 50, évoquait celui de Blanche de Castille. On a peut-être mal apprécié l'enventualité de cette hypothèse. Voire...
Razès 3.jpgAu milieu du XIIIe siècle, la Castille est déchirée par une guerre de succession au trône, le fils cadet Sanche, contre son père, Alphonse X. Ayant la main, Sanche fait enlever ses deux neveux, fils de son frère aîné, Ferdinand, afin qu'on ne les lui oppose pas sur le chemin du pouvoir. En revanche, il laisse imprudemment sortir du royaume la mère de ceux-ci, Blanche de France (qui était la deuxième fille de Saint-Louis). Passée les Pyrénées, elle trouve refuge à la forteresse de Puilaurens avant d'être reçu, selon son rang, par Paul de Voisins, en son château de Rennes. Blanche lui explique son projet : lever une armée pour imposer sur le trône de Castille son fils, Alphonse de Luna. Elle dispose de fonds importants, qu'elle a amené avec elle.
Soeur de Philippe III le Hardi, roi de France, elle le fait intervenir auprès de Sanche. Mais celui-ci rompt les discussions en kidnappant le jeune Alphonse. Il ne le libèrera que s'il consent à renoncer au trône. Finalement, Sanche obtiendra gain de cause; en retour, il s'engage à indemniser l'infortuné jeune home, celui que l'Histoire désignera désormais sous le nom d'El Desdichado, le Déshérité,  à hauteur de 500 000 maravédis ou florins d'or.
Sans doute, Alphonse a-t-il déjà rejoint sa mère (il deviendra par la suite seigneur de Lunel). c'estRazès 1.jpg donc par le Razès que la "rançon" transitera, transporté par chariots à travers les Pyrénées. Or, l'un de ses chariots  sera détourné du convoi. On accusera Paul de Voisins, seigneur de Rennes, d'être à l'origine de ce brigandage, l'obligeant ainsi à se faire oublier quelques temps.
L'or de Blanche de France, entreposé temporairement dans les caves du château de Rennes, a probablement fixé les imaginations, laissant croire qu'il y avait été enfoui. la légende d'un trésor que la reine Blanche de Castille, mère de Saint-Louis, serait venue enfouir à Rennes-le-Château, au moment de la révolte des Pastoureaux, en 1250, a probablement cette origine, augmentée de la nébuleuse aventure du fourgon disparu trente ou quarante ans plus tard. Deux reines Blanche à Rennes-le-Château, et qui plus est toutes deux de Castille, ont fini par n'en faire plus qu'une.

05/02/2013

Rennes-le-Château, telle le phénix...

pilla 1.jpgPar trois fois, en 1170, 1362 et en 1573, Rhedae, l'ancienne capitale du Razès fut saccagée. La première fois ce fut lors d'une campagne d'annexion entreprise par Alphonse II d'Aragon. Ses troupes s'étaient déjà emparées des châteaux de Peryrepertuse, de Puylaurens et de Quéribus. Ils occupaient également la rive droite de l'Aude. Selon la tradition, l'assaut des Aragonais se porta d'abord sur une position avancée désignée sous le nom de Casteillas, au Sud de la citadelle. Il ne semble pas que la ville opposa une résistance bien farouche. On sait, en effet, que ceux auraient dû en assurer la défense se repentirent par la suite de n'avoir pas pris les précautions d'usage pour éviter une capitulation trop rapide. Rennes, à cette époque, ne dut subir qu'une occupation militaire momentanée. Puis , la place fut démantelée. les murailles abattues, seules deux tours, dit-on,  furent épargnées, une qui était au Sud, l'autre à l'Ouest. Dès lors, Rhedae devint une simple bourgade, comme le veut un acte en date du mois d'août 1185.
Pratiquement deux siècles plus tard, Rennes fut de nouveau mise en coupes réglées. A cette époque,pilla 3.JPG Henri de Transtamarre, prince de Castille, demi-frère de Pierre 1er le Cruel, est hors-la-loi en Espagne. En attendant des jours meilleurs, il sillonne le Midi de la France (Roussillon, Vallespir, Razès et Corbières) à la tête d'une bande de mercenaires sans foi ni loi qui n'est occupée que de pillages et de déprédations. En vain, dit-on, Pierre III de Voisins, seigneurs de Rennes, tenta de l'arrêter dans le Fenouillèdes. Mais il fut vaincu et incapable de l'empêcher de se présenter sous les murs de la vieille citadelle. Avec l'énergie du désespoir, la garnison de Rennes, sans doute soutenue par la population, fit face à ces loups féroces. Mais, dit-on, les Routiers disposaient de canons (sinon d'un canon). Au cours de l'engagement, le malheur voulut que la poudrière soit incendiée. Il s'ensuivit une explosion qui ouvrit une large brèche dans les remparts. Bien sûr, les assaillants s'y engouffrèrent aussitôt; désormais, ils tenaient la place sous leur emprise. Cette résistance des habitants avait augmenté la rage des bandits espagnols. Ils envahirent les églises, pillant les métaux précieux et brisant sans remoprds les statues et les autels; on raconte que dans l'église Saint-Pierre, plusieurs d'entre eux, à la recherche d'un trésor caché, se virent tout à coup expédiés dans un cul-de-basse- fosse pour avoir marché sur une dalle basculante. Une quinzaine de ces iconoclastes furent ainsi engloutis par les ténèbres et se rompirent les os. pilla 2.JPGLorsque ces mercenaires s'éloignèrent enfin, repus de butin, l'antique capitale du Razès n'était plus que l'ombre d'elle-même. Le manoir seigneurial, l'église Sainte-Marie-Madeleine et quelques habitations, c'est tout ce qui restait de ce terrible naufrage.
Le troisième épisode survint lors des guerres de Religion. Le désastre fut peut-être encore plus calamiteux que précédemment. On sait que l'église Sainte-Marie-Madeleine fut incendiée et le château totalement saccagé. Il ne fallut pas moins de trente ans aux habitants de Rennes pour reconstruire et restaurer leur village.